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Alors que les agriculteurs et agricultrices européens sont confrontés à des phénomènes climatiques intenses, inhabituels et nuisibles à la production alimentaire, le paquet législatif « Fit for 55 » ( ou « ajustement à l’objectif de 55% »), tant attendu, qui a été élaboré pour appliquer la Loi Climat Européenne, ne peut que décevoir. Les douze initiatives proposées par le paquet Fit for 55 seront le point de départ de deux années de négociations politiques, et au lieu de l’approche ambitieuse dont nous avons absolument besoin, il n’apporte que des corrections mineures et des mesures compensatoires.

 

Un des points de départ qui a été mis de côté dans ce paquet d’action climatique est une véritable révision des accords commerciaux. Notre système alimentaire, au niveau mondial et notamment ici en Europe, est désormais fondé sur la mondialisation des marchés, ou plutôt sur le transit de la production agricole et alimentaire d’un bout à l’autre de la planète sans la moindre justification économique, sociale et environnementale, et sans tenir compte des graves impacts sur le changement climatique, pourtant déjà connus. Ce paquet législatif, à l’exception d’un timide Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières, qui se limite aux engrais, ne fait rien pour contrer cette tendance. Cette révision des accords de libre-échange doit avoir lieu, en permettant une véritable justice climatique, et en tenant compte des conditions de vie des agriculteurs et agricultrices des pays tiers, qui sont désormais dépendants et dépendantes de ces accords commerciaux. Nous dénonçons le fait que l’Union Européenne n’a pas saisi l’opportunité de cette législation indispensable pour soutenir réellement la relocalisation des systèmes alimentaires.

 

En outre, nous déplorons que ce paquet ne se concentre pas sur des mesures concrètes pour réduire les émissions produites par le secteur agricole, qui doit accélérer ce processus, tout comme les secteurs de la construction, des transports et de l’industrie. C’est pourquoi les paysans ont besoin d’un soutien concret et équitable qui permette un processus vers une production réalisée dans les principes de l’agroécologie et qui permette la multiplication des agriculteurs sur le territoire européen. Il est nécessaire de soutenir et d’accompagner les agriculteurs pour éliminer progressivement les pesticides et les engrais qui, en plus d’affecter la santé de tous et toutes, sont également responsables d’une grande partie des émissions de gaz à effet de serre. Nous demandons moins de dépendance aux subventions, mais au contraire, à des agriculteurs et agricultrices plus nombreux et mieux payés ; moins de course à la productivité, mais à plus d’agroécologie et à une meilleure alimentation pour notre santé et pour notre planète. ECVC demande une interdiction pure et simple des fermes industrielles intensives.

 

Nous envisageons également avec beaucoup de suspicion la combinaison, des forêts, des terres agricoles et des zones humides dans le cadre de l’UTCATF (utilisation des terres, changement d’affectation des terres et foresterie) d’ici 2030. Cela entraînera des mécanismes de compensations d’émissions dans de plus en plus de secteurs, à l’aide de la certification carbone, alors que les objectifs doivent être en émissions brutes, et la mise en œuvre doit consister en la réduction des émissions. Cette course à la compensation d’émissions est vaine car elle n’a pour effet que de permettre aux pollueurs de polluer toujours plus, et parce qu’elle a des conséquences très négatives (comme cela s’est vu dans le cadre du mécanisme REDD+), comme l’accaparement des terres et le détournement dangereux des terres de leur vocation alimentaire. Nous sommes également préoccupés par l’Initiative d’Agriculture Carbon, annoncée pour la fin de cette année, notamment parce qu’elle s’inscrit exactement dans la même logique de compensation des émissions.

 

Enfin, ECVC souligne que la complexité de ces réglementations et de ces directives, ainsi que leur manque d’accessibilité, empêchent tout véritable dialogue citoyen, y compris la participation des agriculteurs et agricultrices qui sont les premières concernées. Il est regrettable que cette réglementation soit si peu harmonisée avec la PAC et le système alimentaire européen. L’action en faveur du climat demande une approche systémique dans le secteur alimentaire : de la production à la consommation. Si cela ne se fait pas ici, nous devons espérer que d’autres initiatives législatives dans le cadre du Pacte vert pour l’Europe répondent à ces attentes, notamment dans la loi sur le Système Alimentaire Durable.

 

Les agriculteurs et agricultrices sont en première ligne : ils sont les premiers touchés par les conséquences du changement climatique, mais ils sont aussi les principaux leviers de solution !

 

Contacts

Morgan Ody, Comité de coordination d’ECVC – +33 626 97 76 43 – FR, EN
Andoni Garcia Arriola, Comité de coordination d’ECVC – +34 636 45 15 69 – ES, EUS