A: Vice-président exécutif Frans Timmermans

Commissaire Stella Kyriakides

Commissaire Janusz Wojciechowski

Commissaire Virginijus Sinkevičius

 

Cher vice-président exécutif,

Chères commissaires

 

Le 17 avril 2020, nous commémorerons la Journée internationale des luttes paysannes. Dans le cadre du COVID-19, la vulnérabilité de l’actuel système alimentaire mondialisé dominé par l’agriculture industrielle, et les dangers qu’elle représente pour toutes les formes de vie, ont été une fois de plus exposés. Nous devons tirer les leçons de cette crise et investir dans la mise en place de systèmes alimentaires diversifiés, locaux et territoriaux, résistants. Dans ce contexte, la Coordination européenne Via Campesina (ECVC) et ses organisations membres, ainsi que URGENCI, le Réseau européen des bergers (ESN), FIAN et Amis de la Terre Europe (FoEE), dans le cadre du Mouvement pour la Souveraineté Alimentaire de Nyéléni en Europe et en Asie Centrale (Nyéléni ECA) veulent envoyer un message clair : garantir la souveraineté alimentaire et continuer à produire de la nourriture et à nourrir les gens, en garantissant l’approvisionnement alimentaire national et régional, et ce plus que jamais en ces temps de crise. Les paysans de toute l’Europe font partie d’un vaste réseau. Ces communautés nourrissent la planète depuis des générations en utilisant leurs connaissances, leur expérience et leur expertise. Pourtant, à l’heure actuelle, elles sont ignorées et maltraitées. Aujourd’hui, beaucoup d’entre eux prennent des mesures pour essayer de se faire entendre, et nous vous demandons instamment de prêter attention à la manière et aux raisons pour lesquelles vous, en tant que décideurs, avez la responsabilité d’écouter leur voix.

 

Au niveau européen, de nombreuses politiques de l’UE contredisent et entravent les objectifs fixés par l’UE elle-même. L’Europe est soumise aux intérêts de la mondialisation et des marchés internationaux. Le « Pacte Vert » (Green Deal) se juxtapose à la négociation continue d’accords de libre-échange, ce qui va à l’encontre de toute intention réaliste et crédible de parvenir à la neutralité climatique. L’UE a promis de ne laisser personne de côté dans ses réformes et ses transitions, mais elle ne tient pas compte de la conditionnalité sociale qui garantisse des salaires et conditions dignes pout les

 

travailleuses rurales salariées, dont la majorité sont des migrantes, dans le cadre de la PAC. Elle s’est engagée à produire des denrées alimentaires de manière durable, mais refuse de garantir aux agriculteurs des prix équitables en raison de l’absence de régulation des marchés et des prix. La justice alimentaire pour les consommateurs n’est pas non plus une réalité. Il faut mettre davantage l’accent sur le soutien pour l’accès à des aliments frais, nutritifs et cultivés de manière agroécologique pour tous, y compris pour les populations socialement marginalisées et vulnérables. En se concentrant sur de petites priorités spécifiques dans chaque domaine, l’UE est incapable d’envisager la situation dans son ensemble et n’aborde pas ses objectifs de manière globale et exhaustive. Au lieu de cela, elle écoute ceux qui sont capables de faire entendre leur voix le plus fort : les multinationales et les entreprises industrielles. La voix paysanne de ceux qui vivent la réalité des politiques de l’UE au quotidien est noyée sous les intérêts privés axés sur le profit. Ces politiques détruisent des milliers de petites exploitations agricoles, ce qui met ensuite en péril la sécurité alimentaire de toute la population.

 

L’UE fait actuellement fi de sa responsabilité envers ses citoyens, les consommateurs, les petits et moyens producteurs et les familles de paysans afin de protéger et de promouvoir ces intérêts privés. Elle s’est fixé des objectifs ambitieux qui nécessitent des changements radicaux et systématiques de ses politiques et de ses priorités, mais elle ne semble pas disposée à procéder à ces changements. Elle permet des gains à court terme qui mettent en danger la santé et le bien-être de milliards de personnes dans le monde, et menace l’avenir même de la planète.

 

Nous adressons donc les demandes suivantes aux institutions, dans l’espoir qu’elles soient prêtes à agir sur les priorités qu’elles ont elles-mêmes mises en évidence :

  1. Établir un processus européen de réponse à la crise du COVID-19 qui inclue des représentants des organisations agricoles européennes – en particulier les petits et moyens producteurs (paysans, éleveurs, pêcheurs)
  2. Mettre en œuvre l’intégralité de la Déclaration des Nations unies sur les droits des paysans et autres personnes travaillant dans les zones rurales (UNDROP).
  3. Utiliser la mise en œuvre du Green Deal et des stratégies « de la Ferme à la Table » et biodiversité pour assurer la souveraineté et la sécurité alimentaire des populations européennes au niveau le plus local possible, et fournir des aliments de bonne qualité, sains, nutritifs et frais pour tous, en garantissant la justice alimentaire dans un cadre de justice économique, sociale et culturelle.
  4. Une réforme cohérente de la PAC qui facilite les marchés agricoles locaux et garantit aux petits agriculteurs un revenu stable et décent.
  5. Une politique sociale et agricole du travail qui garantisse des salaires et conditions dignes pour les travailleurs ruraux, en limitant les abus et licenciements, et qui garantisse des mesures adaptées aux travailleurs saisonniers au chômage et aux personnes migrantes, déplacées, ayant des problèmes de documentation ou résidant dans des logements précaires.
  6. La résolution des incohérences et des contradictions au sein des politiques de l’UE, y compris la fin des accords de libre-échange.
  7. Mettre fin à toutes les tentatives de déréglementation des OGM, y compris les nouvelles techniques génomiques, en appliquant strictement la législation européenne actuelle sur les OGM et en interdisant les brevets sur les plantes et les animaux.
  8. La garantie d’un accès équitable à la terre pour les paysan.ne.s et l’agroecolgie, par l’élaboration et la mise en œuvre d’une directive européenne sur les terres et les formes sociales et écologiques d’utilisation des terres.
  9. Promotion de la voix de la société civile au sein des agences et institutions internationales telles que les discussions de la FAO sur les systèmes alimentaires durables, la nutrition et l’agroécologie.

 

Pour garantir véritablement le respect des droits des paysans, des éleveurs, des petits et moyens producteurs d’aliments et des citoyens- hommes et femmes –  les gouvernements locaux, nationaux et régionaux ont également la responsabilité de mettre en œuvre des politiques et des réglementations visant à faciliter ces objectifs. Ils doivent montrer à ceux qui se trouvent plus haut dans la chaîne qu’il existe une volonté et une initiative réelles pour atteindre nos objectifs et mettre en œuvre nos demandes.

 

Pour obtenir des résultats concrets, il faut procéder à des changements concrets. À ce stade critique de l’histoire, nous manquons de temps et d’options. Les paysans et les petits producteurs de denrées alimentaires donnent le moyen de nourrir la planète de manière durable, immédiate, en utilisant des méthodes qui contribuent à atténuer le changement climatique, à créer davantage d’emplois dans les zones rurales et à protéger la diversité de notre planète et de notre société. Nous sommes à un carrefour qui déterminera l’avenir de chaque individu sur la planète. Nous demandons instamment à ceux qui sont chargés de nous diriger de laisser les paysans et les petits producteurs d’aliments les guider sur la voie qu’ils connaissent si bien pour atteindre ces objectifs : la via campesina, la voie paysanne.

 

Signataires

 

LES ORGANISATIONS RÉGIONALES ET INTERNATIONALES

 

ECVC – Coordination européenne Via Campesina

 

Nyéléni ECA- Mouvement pour la souveraineté alimentaire en Europe et en Asie centrale de Nyéléni

 

ESN – European Shepherd Network

 

WAMIP – World Alliance of Mobile Indigenous People

 

WFFP – Forum mondial des populations de pêcheurs

 

URGENCI – International Network of Community Supported Agriculture

 

Nyéléni.de

The Sami Heritage and Development Fund (membre du Forum autochtone)

 

CSIPN – Center for Support of Indigenous Peoples of the North

 

FoEE – Friends of the Earth Europe (Les Amis de la Terre Europe)

 

FIAN International

 

TNI – Transnational ınstitute

 

CEO- Corporate Europe Observatory

 

Action Aid

 

Slow Food Europe

 

Fair Trade Advocacy Office

 

Organisateurs de l’initiative citoyenne européenne « Sauver les abeilles et les agriculteurs »

 

LES ORGANISATIONS NATIONALES

 

ACTUAR, Portugal

 

Bureaux FIAN (Allemagne, Autriche, Portugal, Suède)

 

MATM, Belgique

 

GAIA-Groupe d’action et d’intervention environnementale, Portugal

 

Welthaus Graz, Autriche

 

Realimentar, Portugal

 

Le Réseau des GASAP, Belgique

 

Rencontre des Continents, Belgique

 

ANP | WWF Portugal

 

Voedsel Anders Nederland, Pays-Bas

 

Ecologistas en Accion, État espagnol

 

Association locale des syndicats publics des peuples indigènes du Nord

 

L’Association pour la défense des droits des agriculteurs, AFRD, Géorgie

 

Schola Campesina, Italie

 

Zan va Zamin, Tadjikistan

 

Agroecology in Action, Belgique

 

Agroecopolis, Grèce

 

ACADEMIA

 

Institut de sociologie et d’études paysannes / Instituto de Sociología y Estudios Campesinos (ISEC) – Université de Córdoba

 

Michel Pimbert, Centre pour l’agroécologie, l’eau et la résilience, CAWR, Royaume-Uni

 

Priscilla Claeys, Centre pour l’agroécologie, l’eau et la résilience, CAWR, Royaume-Uni

 

Barbara Van Dyck, Centre pour l’agroécologie, l’eau et la résilience, CAWR, Royaume-Uni

 

Colin Anderson, Centre pour l’agroécologie, l’eau et la résilience, CAWR, Royaume-Uni

 

Chris Maughan, Centre pour l’agroécologie, l’eau et la résilience, CAWR, Royaume-Uni

 

Jessica Milgroom, Centre pour l’agroécologie, l’eau et la résilience, CAWR, Royaume-Uni

 

Janneke Bruil, Centre pour l’agroécologie, l’eau et la résilience, CAWR, Royaume-Uni

 

Georges Felix, Centre pour l’agroécologie, l’eau et la résilience, CAWR, Royaume-Uni

 

Joshua Brem-Wilson, Centre pour l’agroécologie, l’eau et la résilience, CAWR, Royaume-Uni

 

Priscilla Claeys, Centre pour l’agroécologie, l’eau et la résilience, CAWR, Royaume-Uni

 

Csilla Kiss, Centre pour l’agroécologie, l’eau et la résilience, CAWR, Royaume-Uni

 

Claire Lamine, sociologue

 

Jessica Duncan, Sociologie rurale, Université de Wageningen