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Aujourd’hui, lors d’une conférence de presse organisée par la Coordination européenne Via Campesina, des petit·e·s et moyen·ne·s agriculteur·rice·s de toute l’Europe ont fait part de leurs demandes pour le prochain cycle de négociations du trilogue. La conférence de presse a mis l’accent sur les agriculteurs familiaux, qui représentent 95 % des 10,5 millions d’exploitations agricoles de l’UE[1].  Pour ces agriculteur·rice·s, il est clair que l’approbation et l’introduction obligatoire d’un certain nombre de mesures spécifiques est le seul moyen de sauver quelque chose de la réforme actuelle de la PAC, inadéquate et insuffisante.

 

La nécessité d’accroître le soutien apporté aux petit·e·s et moyen·ne·s agriculteur·rice·s avec la régulation du marché et des prix justes a été soulignée à plusieurs reprises, afin de garantir que les agriculteur·rice·s reçoivent des prix justes et stables pour leurs produits, au lieu d’être à la merci d’un marché censé s’autoréguler qui n’a jamais fonctionné ou ne fonctionnera jamais. Si la PAC ne peut pas garantir des prix justes et stables aux agriculteur·rice·s, il est clair que les autres objectifs de la PAC, ainsi que les objectifs de la stratégie « De la ferme à la table » et de la stratégie en faveur de la biodiversité, seront impossibles à atteindre.

 

Comme l’a expliqué Attila Szocs du Comité de coordination d’ECVC, « sans régulation publique du marché, les grands acteurs de l’industrie et de la distribution continueront à faire pression sur les agriculteur·rice·s pour qu’ils produisent et vendent à des prix de plus en plus bas », ce qui amènera à la destruction de l’agriculture à petite et moyenne échelle, plus sociable et plus durable, à la perte de biodiversité, au dépeuplement des zones rurales, à l’imposition de l’agriculture industrielle basée sur une utilisation accrue des pesticides, à une utilisation dégradante des ressources naturelles et des animaux, et à la violation des droits des travailleur·euse·s. entre autres conséquences. Cela concerne également l’approbation et la mise en œuvre de la conditionnalité sociale au sein de la PAC, une bataille depuis longtemps menée par les organisations représentant les petit·e·s et moyen·ne·s agriculteur·rice·s et les travailleur·euse·s ruraux·ales, et qui ne peut pas aboutir sans la garantie de prix justes pour les agriculteur·rice·s.

 

Pour les membres d’ECVC, les mesures de soutien aux petit·e·s agriculteur·rice·s doivent être rendues obligatoires, notamment la dégressivité et le plafonnement, l’aide au revenu pour les nouveaux entrants, les paiements redistributifs et l’application du régime des petit·e·s agriculteur·rice·s. Si le trilogue n’oblige pas les gouvernements à distribuer les aides de manière plus efficace et plus équitable dans le cadre des plans stratégiques nationaux, le pouvoir et l’influence de l’agriculture industrielle et des grands lobbies prévaudront afin de maintenir le statu quo néfaste et non durable. De plus, s’il n’est pas obligatoire d’adopter ces mesures, les différences et les inégalités qui existent déjà entre les États membres au sein du marché unique augmenteront, et le renouvellement de la population vieillissante des agriculteur·rice·s continuera d’être bloqué.

 

De plus, les paysan·ne·s d’ECVC se sont montré·e·s unanimes dans leurs préoccupations concernant l’environnement et la capacité des éco-régimes de la PAC à assurer une production agricole respectueuse de l’environnement. Comme l’a souligné Morgan Ody, dans la dernière proposition du Plan stratégique national français, il était indiqué que « 70 % des agriculteur·rice·s n’auraient pas à modifier leurs pratiques pour bénéficier de subventions supplémentaires au titre des éco-régimes ».

 

Pour les petit·e·s et moyen·ne·s agriculteur·rice·s, qui voient directement les impacts du changement climatique sur nos systèmes de production alimentaire, cela démontre la nature peu ambitieuse et insuffisante des éco-régimes au sein de la PAC. Toutefois, les petit·e·s et moyen·ne·s agriculteur·rice·s reconnaissent que l’adoption de l’article 188 bis (qui limiterait les importations d’aliments qui ne respectent pas les normes sociales et environnementales de l’UE) est l’occasion de faire un premier pas important vers la réalisation des objectifs fixés dans le Pacte vert pour l’Europe, la stratégie « De la ferme à la table » et la stratégie en faveur de la biodiversité.

 

La frustration des petit·e·s et moyen·ne·s agriculteur·rice·s à travers l’Europe est très visible, comme l’a démontré la manifestation organisée par la CNA, membre d’ECVC, qui a rempli les rues de Lisbonne pendant la réunion informelle des ministres de l’agriculture et de la pêche cette semaine. Dans cette phase finale des négociations, ECVC demande aux institutions européennes d’écouter la voix des petit·e·s agriculteur·rice·s et de se mettre d’accord sur un paquet législatif qui reflète réellement les besoins et les demandes de tou·te·s les agriculteur·rice·s, des citoyen·ne·s et de la planète.

 

Contacts :

Attila Szocs, Comité de coordination d’ECVC – +40 771 405 819 – EN, RO
Morgan Ody, Comité de coordination d’ECVC – +33 626 97 76 43 – France – FR, EN
Andoni Garcia Arriola, Comité de coordination d’ECVC – +34 636 45 15 69 – ES, EUS
Pier Francesco Pandolfi de Rinaldis, représentant de l’articulation jeunesse d’ECVC, +39 349 628 2963 IT, EN, FR
Adélia Vilas Boas, réprésentante de la CNA, Portugal, +351 918 289 937, PT, EN
Ou envoyez un courriel à press@eurovia.org .

 

[1] https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php?title=Agriculture_statistics_-_family_farming_in_the_EU