ECVC demande que la réforme de la PAC soit révisée afin de répondre aux nouvelles réalités sociales, économiques, politiques et environnementales et de satisfaire les besoins des paysan.ne.s et des citoyen.ne.s européen.ne.s.

 

le 27 mai 2020, Bruxelles

 

La semaine prochaine, la réforme de la PAC proposée par la Commission européenne aura deux ans. Pour ECVC, il est urgent de revoir la proposition, étant donné que la réforme actuelle ne reflète pas les nouvelles réalités de la société – ni la pandémie de COVID-19, ni la préoccupation croissante pour les questions environnementales qui a conduit à l’émergence du Pacte vert (Green Deal) et de la stratégie « de la ferme à la table ». Cette exigence est d’autant plus importante que la proposition de réforme actuelle ne serait pas mise en œuvre avant au moins deux ans. À cela s’ajoutent l’incertitude et l’incohérence du fait que le budget de la PAC n’a pas encore été approuvé ainsi que les nouvelles propositions économiques présentées aujourd’hui par la Commission européenne. C’est pourquoi ECVC souligne que, lors de la révision de la réforme, les institutions devront garantir le temps et la stabilité nécessaires pour que les agriculteur∙rice∙s puissent s’adapter, au moyen d’une réglementation transitoire appropriée qui maintienne les versements dont il∙elle∙s bénéficient actuellement.

 

Dans le contexte actuel, l’importance des petit∙e∙s et moyen∙ne∙s agriculteur∙rice∙s et des travailleur∙euse∙s ruraux est de plus en plus évidente. La crise du COVID-19 a mis en exergue la grande fragilité du système. Le monde entier a vu les graves conséquences et les risques générés par la mondialisation et les politiques néolibérales, notamment la pénurie de matériel sanitaire de base, causée par la délocalisation de la production, l’externalisation des coûts de production et la forte dépendance aux chaînes de production mondialisées. Il est manifeste que l’UE est fragilisée et éprouve de grandes difficultés à apporter une réponse sanitaire, économique et sociale coordonnée à cette crise, et ce pour l’ensemble de l’UE.

 

Par conséquent, il est inutile de maintenir un calendrier de réformes comme si la situation était la même qu’il y a deux ans, sur la base d’une proposition de PAC qui ne tient aucun compte de la situation, ni des nouvelles exigences découlant de la crise Covid-19, ni de la proposition relative au Pacte vert européen (Green Deal), ni de la stratégie « de la ferme à la table ».

 

L’agriculture et l’alimentation en Europe ne doivent pas être dépendantes et subordonnées aux systèmes alimentaires mondialisés imposés par les accords de l’OMC et par les accords de libre-échange. Il est inacceptable qu’à ce risque de crise sanitaire, ou de toute autre crise future, s’ajoute une crise alimentaire. C’est pourtant la voie que suit l’UE en délocalisant la production alimentaire et en la transformant en une marchandise, plutôt qu’en un droit fondamental pour l’ensemble de la population.

 

L’Europe externalise les coûts d’une alimentation malsaine et bon marché qui a de graves conséquences environnementales et sociales dans de nombreuses régions du monde. Ce système a également des répercussions sur l’UE, car il créé une concurrence sociale, sanitaire et environnementale ainsi qu’un dumping social, sanitaire et environnemental qui affecte les agriculteur∙rice∙s de l’UE. Ce système entraîne également le développement de l’agriculture industrielle et cause la perte de millions de petit∙e∙s et moyen∙ne∙s agriculteur∙rice∙s, pourtant garant∙e∙s de la sécurité et de la souveraineté alimentaires et de la vie à la campagne.

 

La réforme actuelle de la PAC, élaborée il y a deux ans, affaiblit une politique agricole et alimentaire pourtant solide dans l’UE. Elle ne permettra pas non plus d’atteindre les objectifs initiaux de la PAC, ni les neuf objectifs identifiés dans la nouvelle proposition. Pour y parvenir, des politiques cohérentes sont nécessaires dans tous les domaines de l’UE, qu’il s’agisse de politiques économique, commerciale, agricole et alimentaire, environnementale ou sociale. Mais le « Pacte vert » (Green Deal) et la stratégie « de la ferme à la table » n’existaient même pas au moment de la rédaction de cette proposition, c’est pourquoi les nouvelles mesures ne se reflètent absolument pas dans le contenu de la réforme.

 

ECVC réclame des mesures concrètes et claires dans le cadre d’une révision de la réforme de la PAC. Ici, vous pouvez voir toutes les demandes sur la façon d’intégrer les petit∙e∙s et moyen∙ne∙s agriculteur∙rice∙s dans la PAC :

 

  • Baser la réforme de la PAC sur les principes de la Souveraineté alimentaire (la capacité de décider des politiques agricoles et alimentaires) dont le fondement sont des millions de petit∙e∙s et moyen∙ne∙s paysan∙ne∙s travaillant dans des modèles d’agriculture et d’alimentation sains, durables et démocratiques. Ainsi, cette réforme pourra aussi s’attaquer à la perte de sécurité alimentaire provoquée par le système actuel.
  • Cesser les négociations de nouveaux accords de libre-échange.
  • Renforcer la gestion et la réglementation du marché intérieur commun ainsi que du modèle de production dans le cadre de la PAC, afin de mettre un terme à la délocalisation de la production alimentaire vers les pays qui la réalisent à moindre coût, sans se soucier de la manière dont elle est produite, ni des graves conséquences sanitaires, environnementales et sociales que ce modèle entraîne dans ces pays et dans l’UE elle-même.
  • Créer une PAC plus juste et plus solidaire, et mettre fin à la concurrence ou au dumping social, sanitaire et environnemental envers les agriculteur∙rice∙s de l’UE, car cela entraîne le développement de l’agriculture industrielle et la perte de millions de petit∙e∙s et moyen∙ne∙s agriculteur∙rice∙s.
  • Créer une PAC et une chaîne alimentaire durables et démocratiques sur le plan environnemental, avec des politiques cohérentes visant à réaliser l’ambition du Pacte vert (Green Deal) de la Commission.
  • Rapprocher les agriculteur∙rice∙s et les consommateur∙rice∙s, relocaliser la consommation alimentaire, donner la priorité aux besoins des agriculteur∙rice∙s et des citoyen∙ne∙s plutôt que donner l’avantage aux intérêts des transnationales, accords de l’OMC et accords de libre-échange.
  • Protéger les droits des travailleurs agricoles et faire le lien entre le soutien aux producteur∙rice∙s et le respect de leurs droits.

 

Contacts :

 

Alessandra Turco – Comité de Coordination de ECVC: + 39 347 642 7170– IT, ES, FR
José Miguel Pacheco – Comité de Coordination de ECVC: +351 918736441 – ES, PT
Alisha Sesum – Responsable de Communication de ECVC: +44 7557537289 – EN, ES, FR