Une opportunité pour atteindre la souveraineté alimentaire

 

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Le Secrétariat opérationnel international de La Via Campesina, le mouvement mondial qui représente environ 200 millions de paysans et paysannes dans le monde, s’est déplacé cette semaine à Bagnolet, en France, accueilli par la Coordination Européenne Via Campesina (ECVC) et son organisation membre La Confédération paysanne, conformément au principe de rotation entre les continents.

 

C’est ainsi que Morgan Ody, productrice de légumes en Bretagne, va assurer la coordination générale de La Via Campesina, transmise par Elizabeth Mpofu de la région Afrique. Dans le contexte actuel de crise du climat, de la biodiversité et des ressources, cette responsabilité est l’occasion de souligner combien la défense de l’agriculture paysanne et de la souveraineté alimentaire est essentielle pour promouvoir la justice climatique, économique et sociale et établir des chaînes alimentaires durables et équitables.

 

Depuis 25 ans, les petits et moyens agriculteurs du mouvement La Via Campesina se battent pour les droits des paysans et paysannes, la réforme agraire et la souveraineté alimentaire, c’est-à-dire le droit des peuples à décider de comment et par qui les aliments sont produits. Ils ont travaillé sans relâche pour nourrir la population et faire en sorte que les générations passées, présentes et futures disposent d’une alimentation saine, fraîche et culturellement appropriée.

 

Cependant, ces paysans et paysannes sont constamment attaqués. Les solutions agroécologiques qu’ils offrent aux problèmes climatiques et alimentaires sont non seulement ignorées mais activement détruites par des politiques incohérentes, des monopoles industriels et le capitalisme néolibéral. Pour continuer la lutte contre l’agriculture industrielle et le pouvoir des multinationales, les membres d’ECVC sont engagés et déterminés à défendre l’agriculture paysanne en solidarité avec tous les membres de La Via Campesina à travers le monde pour les huit prochaines années.

 

Actuellement, le monde se trouve à un moment crucial et, dans ce contexte, l’arrivée en Europe du secrétariat d’un mouvement mondial si fortement engagé en faveur de l’agroécologie et de la souveraineté alimentaire est l’occasion de s’assurer que les solutions véritablement durables des petits paysans et paysannes se reflètent dans les politiques mises en œuvre aux niveaux international, européen et national.

 

Comme l’a commenté Morgan Ody, lors de la cérémonie de transition du Secrétariat qui s’est tenue à Bagnolet le 30 novembre 2021, les paysans et paysannes sont la clé de la construction d’un avenir fondé sur la justice sociale : des prix justes pour les produits agricoles et des salaires justes pour les travailleurs ruraux, l’harmonie avec l’environnement naturel, la solidarité internationale, l’égalité et la dignité. « Nous, les paysans, les peuples autochtones, les femmes rurales, les travailleurs agricoles, les jeunes de nos zones rurales, produisons tout en ravivant la biodiversité et en émettant très peu de gaz à effet de serre : la polyculture et l’élevage, comme le pastoralisme ou l’agroforesterie traditionnelle, sont des modèles d’économie d’énergie, de capture du carbone et d’entretien des milieux riches en diversité sauvage et cultivée. Ainsi, avec nos savoir-faire et nos compétences, l’agriculture paysanne permet de nourrir plus de 70 % de la population mondiale avec moins de 30 % des ressources productives [2]. »

 

 

Pour ECVC, la présence de La Via Campesina en France et en Europe renforcera le mouvement en faveur d’une agriculture plus sociale et environnementale à mettre en œuvre dans le cadre des Stratégies de la ferme à la fourchette et Biodiversité, du Pacte Vert européen et des plans stratégiques nationaux de la PAC. ECVC demande depuis longtemps aux institutions européennes de mettre en place des outils et des politiques à la hauteur des objectifs décrits dans ces politiques et espère que l’arrivée du secrétariat dans notre région servira à augmenter la pression sur les institutions pour mettre fin aux accords de libre-échange, mettre en place une régulation du marché pour garantir des prix équitables, maintenir et mettre en œuvre la réglementation actuelle sur les OGM et assurer l’accès à la terre pour les petits agriculteurs.

 

À tous les niveaux, unis dans leur vision de la souveraineté alimentaire, les régions et les organisations membres de La Via Campesina continueront à œuvrer pour que les droits humains de toutes celles et ceux qui vivent et travaillent dans les zones rurales soient respectés, pour le bien de la planète et de sa population.

 

 

Contacts :

Morgan Ody, Coordinatrice générale de La Via Campesina, +33 626 97 76 43 – FR, EN

Solenne Garin, équipe de communication, La Via Campesina International, solenne.garin@viacampesina.org, +33 610 04 83 69 – EN, FR, ES

Alisha Sesum, chargée de communication, Coordination européenne Via Campesina, alisha@eurovia.org, +447557537289 – EN, ES, FR

Caroline Nugues, chargée de communication, La Confédération paysanne, cnugues@confederationpaysanne.fr, +33 06 95 29 80 78 – FR, EN

 

Notes

[1] Déclaration des Nations unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales.

[2] Qui va nous nourrir ? , groupe ETC, 2017