Les paysan.ne.s et les producteurs.trices de la Coordination Européenne Via Campesina (ECVC) et de l'European Milk Board (EMB) se sont réuni.e.s aujourd'hui pour souligner l'importance de la régulation des marchés agricoles et de la garantie de prix justes pour atteindre les objectifs du pacte vert et 'avancer vers une nouvelle PAC basée sur la souveraineté alimentaire, lors d'un événement co-organisé avec les Verts européens au Parlement.
Dans le cadre de l'événement, ECVC et EMB ont présenté des outils potentiels de régulation des marchés qui pourraient être utilisés pour mettre un terme à la perte alarmante de fermes à travers l'Europe* et garantir que l'Europe compte plus de paysan.ne.s, qu’ils gagnent un revenu décent et stabilisent la production. Prenant l'exemple du secteur laitier, les deux organisations ont souligné l'importance de la régulation des marchés pour atteindre l'autonomie stratégique ouverte de l'UE et, par conséquent se saisir d'autres questions urgentes du secteur agricole, telles que le renouvellement générationnel et la transition vers des modèles agricoles plus durables et agroécologiques. La mise en œuvre et l'impact de ces outils sont également explorés dans la nouvelle publication d'ECVC « Placer la régulation des marchés au cœur des débats de la PAC » présentée aujourd'hui.
Comme le souligne Andoni Garcia Arriola, membre du comité de coordination d'ECVC : « il existe de bons exemples d'outils de régulation du marché, comme la directive européenne sur les pratiques commerciales déloyales. Dans l'État espagnol, cela s'est traduit par la loi sur le fonctionnement de la chaîne agroalimentaire qui interdit et sanctionne l’achat à des prix qui ne couvrent pas les coûts de production, dans chaque maillon de la chaîne, en commençant par l'agriculteur. Celui-ci peut signaler de manière anonyme tout achat de leurs produits à un prix inférieur au prix de production.
M. Garcia Arriola ajoute : « il s'agit d'un excellent exemple de la manière dont les États membres doivent agir pour protéger les petit.e.s et moyen.ne.s agriculteurs.trices et les consommateurs.trices, et de la manière d'évoluer vers des chaînes alimentaires plus justes sur les plans économiques, environnementaux et sociaux. »
Mais cela ne suffit pas et comme le décrit la résolution du Parlement européen du 19 octobre 2023 sur le renouvellement des générations dans les exploitations agricoles européennes du futur ( 2022/2182(INI) ) : « le revenu agricole reste inférieur à la moyenne des autres secteurs de l’économie dans presque tous les États membres, équivalant à 47 % des salaires et traitements bruts moyens dans l’économie de l’Union ». Il est temps de s’attaquer à ce problème si nous voulons intégrer davantage de personnes dans le secteur agricole.
Vincent Delobel, représentant d’ECVC et jeune éleveur en Wallonie souligne qu’ « une réforme en profondeur de la PAC doit garantir un revenu décent aux paysan.ne.s, comme le reconnaît la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et autres personnes travaillant dans les zones rurales (UNDROP). »
Les stocks publics et les quotas ont également été soulignés comme étant essentiels pour garantir des prix stables aux paysan.ne.s tout en garantissant des prix abordables pour le grand public, en particulier en temps de crise ou de fluctuations des récoltes. Comme l'a souligné Kjartan Poulsen, président de l'EMB : « Nous pensons qu'il est possible de trouver des solutions communes qui aideraient le secteur laitier tout en relevant les défis du pacte vert, si une agriculture juste et couvrant les coûts est sérieusement placée comme une priorité politique et si les instruments appropriés pour y parvenir sont mis en place ».
Pierre Maison, membre du comité de coordination d'ECVC, a été clair dans sa conclusion : « La régulation des marchés agricoles est la pièce manquante nécessaire pour réaliser le pacte vert européen et l'autonomie stratégique ouverte de l'Europe. Cette réglementation est essentielle si nous voulons parvenir à la souveraineté alimentaire et à la durabilité des systèmes alimentaires en Europe.»
*Le nombre d'exploitations agricoles dans l'UE-27 a diminué d'environ 37 % entre 2005 et 2020, avec une tendance à la baisse et les petites exploitations connaissant la plus forte baisse, https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA- 9-2023-0376_FR.html