BRUXELLES 15-16 SEPTEMBRE 2015



Ce rapport vise la synthèse des idées, des informations, des inspirations et des adresses les plus importantes qui ont été données pendant les présentations en occasion du workshop d’Agroécologie (AE) à Bruxelles.


Introduction


Les participantEs ont été accueilliEs par Jyoti Fernandes, membre du CC d’ECVC et de l’alliance de travailleur-se-s agricoles (LWA, Landworkers’ Alliance).


Un film consacré à l’AE et réalisé par l’Université de Coventry a été projeté en introduction, présentant des différents points de vue sur l’AE. Colin Anderson et Csilla Kiss du Centre for AE, Water and Resilience (le centre pour l’Agroécologie, l’eau et la résilience) de Coventry ont mis en évidence l’importance des approches interdisciplinaires, les méthodes participatives et l’implémentation de base et des mouvements sociaux pour leurs activités de recherche. Ils ont aussi mis l’accent sur la nécessité de mobiliser la déclaration sur l’AE et, de ce fait, beaucoup de document est fourni gratuitement en ligne.



Présentations


Farm Hack (FH) Ed Hammer et Roz Corbett (les deux de LWA), (http://farmhack.org)


FH est une communauté de paysanNEs et technicienNEs visant le partage de la compétence technique afin de créer et modifier leurs propres outils et d’accéder aux technologies de base. Cette communauté s’est installée avant tout en Amérique du Nord mais elle aimerait aussi organiser des événements en Europe continentale ; l’anglais est actuellement la seule langue de travail. FH utilise des outils open source (OS) et, par conséquent, tous les documents, les consignes, etc. sont disponibles à titre gracieux.


Ed Hammer produit des légumes, qu’il vend directement à la communauté dans des paniers ; cette démarche lui permet de toucher 50 % du prix au lieu de 8 % dans la longue chaîne d’approvisionnement. Il travaille principalement avec deux petits chevaux d’espèce locale. Cela comporte plusieurs avantages concernant un mineur compactage du sol, le prix (cheval ~1/3 d’un tracteur), l’entretien (100€/an d’avoine comme récompense + 1ha de terre), l’engrais et l’étable n’est pas nécessaire puisqu’ils vivent en plein air toute l’année. Il existe un nombre remarquable de fermes basées sur l’utilisation des chevaux dans le Midwest aux USA.


Roz Corbett travaille au sein d’un jardin communautaire à Glasgow; la plupart des légumes qui y sont cultivés sont destinés à la population locale. A titre d’exemple pour FH, elle a présenté les serres tunnels adaptées au climat rude et très venteux de l’Écosse, le moulin d’avoine marchant au moyen des pédales et différents micro-projets d’aménagement hydraulique, par ex. la petite pêche et l’algoculture. Elle a également exposé des importantes décisions politiques actuelles (voir les diapositives de sa présentation), par ex. faciliter l’accès à la terre.


Atelier Paysan (AP) par Julien Reynier, http://www.latelierpaysan.org/


AP est une coopérative française crée il y a 4 ans et comptant aujourd’hui 9 employés. Puisque les innovations arrivent souvent dans un contexte d’un fermier isolé, AP essaie de les documenter, les standardiser (adaptable pour les autres fermes) et les partager afin de créer des outils gratuits pour les petites fermes. Leur site internet OS récolte les outils approuvés par les utilisateurs-trices et fournit des tutoriels pour les fabriquer de manière autonome; le forum est une sorte de brouillon où tout le monde peut prendre part en apportant ses idées (ex. pour « 2.0 versions ») ainsi que ses expériences.


AP organise environ 30 workshops de bricolage par an, pour apprendre aux paysanNEs le travail mécanique et du métal, mais aussi d’agronomie, par ex. quel outil a quel effet sur quel terrain. Le coût moyen des outils construits pendant ces ateliers correspond à 1/4 du coût commercial puisque les participantEs payent la matière première uniquement. Ces entraînements peuvent être payés par un fond d’entraînement, auquel chaque françaisE contribue et du quel il ou elle peut bénéficier.


Autonomie energetique: Andrea Ferrante, Assoc. per l’Agric. Biol. (AIAB)


Andrea a lancé une réflexion concernant l’énergie dans un sens plus ample. L’objectif de AE doit être de dépendre le moins possible des combustibles fossiles, étant donné que l’agriculture est aujourd’hui l’une des plus grande consommatrice (spéc. à travers des achats extérieurs basés sur l ‘énergie fossile comme les fertilisants). Auparavant les fermes étaient productrice en énergie, mais de nos jours cet équilibre est négatif et elles en sont devenues de grandes consommatrices.


Un autre problème est la concentration de ces combustibles fossiles entre les mains d’un petit nombre, ce qui donne à ces gens un pouvoir incroyable. Si le 40 millions d’agriculteurs européenNEs étaient touTEs des petitEs producteurs-trices d’énergie, non seulement ils/elles seraient moins dépendantEs mais cela permettrait aussi de démocratiser l’énergie, de remettre l’agriculture au centre de la société et d’augmenter le nombre de paysanNEs. Gerald a mentionné l’exemple du chanvre qui serait une « super » culture à usage multiple et un « fertilisant » qui porte les minéraux de la profondeur de la terre à sa surface, en augmentant, par conséquent, les rendements.


Prommata : Jérôme Keller, http://prommata.org/


Prommata, fondée en 1991 a developpé le concept du Mamata (machines agricoles modernes à traction animale), a été créée pour aider les petitEs paysanNEs ne possédant pas de tracteurs mais des animaux de trait. L’outil créé, la Kassine (max. 4000€), est multifonction, de haute performance, légère et simple à utiliser et à réparer par le paysan ou la paysanne. Prommata a quatre objectifs fondamentaux: l’organisation de formations, la recherche et l’organisation de formations, la promotion de la traction animale, la coopération internationale afin de favoriser la production et l’utilisation des outils là où ils sont utilisés.


Jérôme encadre des formations concernant le travail avec des animaux de trait. A la ferme, ils travaillent pour le maraichage, à l’entretien de la surface fourragère et des bois. Un cheval a besoin d’environ 1ha pour se nourrir, produit du compost pour le sol et le compacte moins. La méthode sans labour permet de garder plus de matière organique en surface et d’augmenter la fertilité du sol. Une méthode adaptée à la traction animale avec la Kassine est la culture sur billons qui apporte de nombreux avantages, comme par exemple une meilleure gestion de l’eau et une augmentation de la profondeur du sol arable (très peu profond dans la région du Limousin).


Soil, Biochar and open source learning environment, Darren Hill, LWA

http://travellingtoolbox.org.uk; https://mediawiki.org/wiki/MediaWiki/fr ; http://appropedia.org/Forest_biochar_rocket_stove


Darren a réalisé des plate-formes OS en ligne de partage de savoir-faire, afin de permettre l’autonomie, de participer et il y a un développement rapide à travers les réseaux. Par exemple, il a travaillé sur des moteurs à diesel pour les faire marcher à huile végétale et il a lancé SoilHack, un espace OS en ligne pour mieux comprendre le sol et apprendre comment l’optimiser, en partageant les innovations. Il a créé aussi « Rocket Stove » pour réaliser des Biochars (charbon à usage agricole.) de petite taille. Cela améliore la structure du sol, rétablit la matière organique, filtre l’eau et peut être également utilisé pour faire de la cuisine et du chauffage.


Darren travaille aussi sur une boîte à outils mobile – une caravane qui soutient des projets agroécologique, environnementaux et communautaires. Pendant le débat on a présenté l’idée d’utiliser ce modèle pour d’autre but aussi : ex. service de traitement mobile.


Toekomstboeren (TB) : Klarien Klingen


Aux Pays-Bas il est compliqué de devenir paysanNE à cause du prix élevé de la terre et étant donné que très peu des gens comprennent ce choix. TB essaye d’aider à résoudre ces problèmes et de donner un exemple concret aux (futurEs) paysanNEs, afin d’arriver à une agriculture responsable, durable et sociale.


A la ferme ASC de Klarien, ses clientEs ont la possibilité de faire leur propre récolte ; cela permet à Klarien de gagner du temps, que la/le consommatrice-teur soit en contact avec l’agriculture et la nature et établit ainsi un contact avec ses clientEs, en évitant le phénomène d’isolation dont souffrent beaucoup de paysanNEs. La plupart de ses clientEs vivent dans un rayon de 5km de sa ferme. Elle leur donne des consignes sur quoi et combien cueillir à travers des mails hebdomadaires.


Son objectif principal reste de travailler la terre (par traction animale) le moins possible, afin d’éviter le compactage du sol. De plus, afin d’éviter ce dernier, elle a des bandes d’herbe entre ses carrés de légumes, ce qui a aussi l’avantage de fournir un endroit moelleux où s’asseoir pendant le travail. Ces bandes le rendent plus facile pour ses clientEs de ne pas marcher sur les carrés de légumes. Elle est en train de chercher des collèges avec des systèmes similaires afin de partager des expériences.


EHNE-Bizkaia (EB) : Alberto Llona


Aux Pays Basques (spéc. laiterie) les fermes sont très intensives et comptent énormément sur des apports (nutritionnels) extérieurs, ce qui entraîne un déséquilibre total dans le rapport animal/ha. EB a relevé le défi de sensibiliser et d’instruire les paysanNEs sur la désintensification (extensification), mais c’est uniquement après deux années consécutives de prix élevé de la paille et des aliments pour animaux qu’un certain nombre d’entre elles et eux a commencé à quitter le système d’agriculture industriel vers des modèles en AE.


EB est en train d’identifier des moyens pour rompre cette dépendance, par ex. en rétablissant un lien entre céréaliculteurs-trices et éleveur-se-s de bétail avec des petites terres (encore : problème d’accessibilité). Cette collaboration est basée sur des principes consensuels. Il existe aussi la possibilité de la diversification agricole et de la transformation directe à la ferme. Il faut, par contre, avoir un bon équilibre entre valeur ajoutée et production primaire. Le débat suivant concernait surtout l’accès à la terre – notamment pour les nouveaux paysanNEs. Les subventions pour les agriculteurs retraités sont le problème essentiel, auquel il faut faire face. Un modèle qui permet plus d’autonomie doit être introduit : l’AE.


Caerhys Organic Farm (COF)/Autonomie financière à travers ASC: Gerard Miles (LWA)


Son exploitation familiale, biologique depuis 1997, a vécu des périodes très difficiles et de dettes à cause des fluctuations du marché. En premier lieu ils/elles ont dû arrêter la culture des pommes de terre, deuxièmement ils ont été forcés de vendre leur bétail laitier, deux activités pratiquées par Caerhys pendant des années. La création d’une ASC sur l’un des 19 terrains avec des tunnel poly a permis de consolider la ferme.


La journée de travail mensuelle, où les familles de l’ASC se rendent à la ferme, les WWOOFers et la fête annuelle de la récolte ramènent des ressources humaines et énergétiques à la ferme, annonçant un avenir prometteur et, en même temps, aidant à briser la solitude du monde rural. COF cultive aussi les semences et les variétés du patrimoine local, telle que l’avoine noire contenant plus de protéines pour les porcs d’élevage par rapport à l’avoine « standard ». Elles/ils sont en train de concevoir également une ASC de bovins, mais le traitement à la ferme reste compliqué à réaliser.


Local Protein Feed Project : Luiz Massucati, AbL, www.vom-acker-in-den-futtertrog.de


« Vom Acker in den Futtertrog » est un projet d’AbL dans la Rhénanie-du-Nord-Westphalie (NRW) visant la réduction de la dépendance par rapport à l’alimentation protéique importé, notamment le soja OGM.


On constate une perte non négligeable de connaissances à propos de ces légumineuses, surtout pour les lupines, ce qui est aussi montré par le fait qu’elles ne sont presque plus enseignées pendant les formations professionnelles agricoles. Ainsi AbL est en train d’surveiller 20 fermes biologiques et conventionnelles, en documentant leurs expériences dans des protocoles de terrain. Ces plantes n’ont pas seulement le potentiel pour réduire de 50 % l’importation de soja de la NRW, mais elles enrichissent aussi le sol. Il n’est toutefois pas possible de compter complètement sur ces plantes comme source de protéines, il faut en rajouter d’autre tel que la colza et la pomme de terre.


AbL espère pouvoir bientôt introduire un label « sans OGM » et « fourrage régional » pour les produits obtenus d’animaux alimentés avec ce type de nourriture.


Five Penny Farm/LWA : Jyoti Fernandes


Jyoti a un peu de tout à sa ferme, elle promeut l’agriculture circulaire qui est fondamentale pour être autonome. Elle a mis l’accent sur l’importance de l’azote, des cultures et des flux nutritifs (voir diapositives) et leur connexion. L’herbe et le trèfle représentent le fondement de sa ferme, auxquels s’ajoute la luzerne/alfalfa (un apport très important!) pour ses animaux. Il y a toutefois des apports extérieurs : céréales et pommes de terres achetés localement, petit-lait et les résidus de boucheries, boulangeries, restaurants et traiteurs sont recyclés notamment par ses poulets et cochons, en fournissant un bon apport dans leur besoin protéique.


Elle essaye d’avoir un « double emploi » de sa terre et de créer des symbioses, par ex. les moutons broutent dans un verger avec des plantes plus grandes, à côté des poulets qui enlèvent les insectes de leur laine. La pulpe restante après l’extraction du jus pour obtenir le cidre sert à nourrir les animaux.


Des installations collectives pour les petitEs paysanNEs tels qu’une fromagerie, une boucherie et un pressoir à pommes sont des outils très importants pour ajouter de la valeur à travers un traitement directe. Outre la vente de ces produits (ex. sur les marchés), elle offre aussi un service de traiteur qui utilise des aliments produits sur sa ferme.


Boerenforum (BF): Wim Moyaerts


De l’expérience de Wim de monter sa ferme et de son ancien profession en tant que consultant de ferme, Wim a tiré la conclusion qu’il est essentiel de redonner aux paysanNEs le respect qu’elles/ils méritent pour leur travail important. Wim possède un label bio mais il se demande s’il en a vraiment besoin pour des différentes raisons. Puisqu’il a beaucoup de clientEs directEs, il considère qu’un système basé sur la confiance suffit et légalement, en même temps, il ne peut pas utiliser les résidus alimentaires non biologique.

Wim souligne l’importance que différents animaux et plantes vivent ensemble, en étant plus ou moins interdépendants. Dans ses rêves, il suivrait la production des légumes et des céréales avec ses animaux. Ces derniers nettoieraient les restes en donnant du fumier aux champs, pourtant il est difficile de convaincre les autres agriculteurs-trices à lui laisser « nettoyer » leurs champs.


De son point de vue, un autre problème serait la réglementation sanitaire qui résulte des scandales de l’agriculture industrielle. Il procède à l’abattage chez lui mais il a des problèmes réguliers au sujet de la réglementation. Un moyen de contourner cette situation est représenté par un fort lien entre consommateurs-trices et paysanNEs qui produit des effets de synergie. Wim a affirmé aussi que les paysanNEs ne devraient pas avoir peur de vendre leurs produits à des prix durables.


Sindacato Labrego Galego CCL : José Maria Garcìa Villaverde


José a grandi dans une ville et il a passé plus d’un an à chercher de la terre pour réaliser son idée de ferme durable. Cela a été une longue bataille pour obtenir les documents, les subventions et les aides, la ferme a encore besoin d’argent pour être stabilisée et il pense souvent y renoncer. Il a deux races rustiques de poules, quelques canards, abeilles, brebis et arbres fruitiers.


Au contraire de l’industrie, il respecte les délais des poules pondeuses pour couver et il abat les poulets uniquement au bout de huit mois. De cette manière, la viande n’a pas de gras et elle est bien meilleur par rapport au poulets grandis industriellement. Généralement ses clientEs sont d’accord sur le prix relativement élevé une fois qu’elles/ils ont dégusté. José a mentionné aussi une étude qui montre que les poules industrielles sont juste plus productives, si les conditions sont parfaites. Les animaux de race rustique s’adaptent mieux à différentes conditions et à une nourriture variée. Une fois obtenue plus de terre, il voudrait les nourrir avec ses propres céréales et protéines. Il se demande également s’il pourrait nourrir ses poulets avec des insectes et si c’est légal.


Junge AbL: Annegret Finck


Après sa formation professionnelle, Annegret a choisi d’être une femme voyageant de ferme en ferme. Elle a invité les participantEs à réfléchir sur leurs vrais besoins et à regarder de temps en temps l’environnement avec des yeux différents.

L’autonomie pour elle ne signifie pas pouvoir acheter ce dont nous avons besoin. Suivant l’exemple des animaux et des plantes, elle nous invite à regarder autour de nous et (tout d’abord) à utiliser ce qu’il y a déjà autour de nous. Elle est convaincue qu’il faut apprendre encore beaucoup de la nature. En outre, elle voudrait entrer en contact avec les gens connaissant plus sur les plantes et herbes sauvages.


EHNE Biskaia: Unai Aranguren


Unai a rappelé l’importance des jeunes qui se rapprochent de la campagne. Dans leur ferme difficile à joindre, située à haute altitude, ils cultivent des variétés de fruits locaux bien adaptés et les transforment en liqueur. Les problèmes principaux qu’ils rencontrent sont la compétition pour l’eau entre les herbes et le (jeunes) arbres et les souris qui endommagent les racines. Afin de limiter leur population, ils ont installé des construction à bâtons pour attirer des faucons et des hiboux, qui sont des prédateurs naturels de ces souris.


Pour limiter l’excès des apports extérieurs, ils utilisent des outils et des machines traditionnels qui ont une consommation en carburants basse par rapport aux tracteurs; ils traitent leur arbres seulement si c’est strictement nécessaire avec des produits naturels; ils coupent l’herbe en bas des arbres une seule fois par an et ils utilisent des engrais verts. La philosophie d’Unai est que les arbres « connaissent mieux », il laisse plus de surface par arbre, il essaye de baisser les branches et les taille juste un petit peu.


En plus des fruits, dont la ferme commence à récolter des bonnes quantités, elle produit aussi des légumes et des champignons qui sont vendus dans un village à côté.


Après le workshops, les participantEs ont visité la ferme urbaine « Le début des haricots » à Bruxelles, qui produit des paniers de légumes et travaille avec des ânes et la Kassine mentionnée ci-dessus.


Pour plus d’information sur la suivi

donné à cette événement merci de nous écrire à info@eurovia.org