Réaffirmant l’importance de défendre les droits des travailleuses et travailleurs migrant.e.s dans la lutte pour la souveraineté alimentaire en Europe, la Coordination Européenne Via Campesina a tenu la semaine dernière à Bruxelles la réunion de son articulation des travailleuses et travailleurs migrant.e.s, accompagnée  des membres de la région ARNA de La Via Campesina (FNSA – Maroc, UAWC-Palestine).

 

Parmi les campagnes et défis abordés au cours des 3 jours d’échanges, les délégués ont fait le point sur la récente campagne menée par le groupe de travail contre les systèmes dommageables d’intermédiation dans le secteur agricole, que nous pouvons qualifier comme systèmes de servitude.  D’autre part, en présence d’organisations, de réseaux et de chercheurs alliés, ils ont examiné le processus actuel de renforcement des liens et de  coopération entre associations de travailleuses et travailleurs agricoles, membres d’ECVC,  chercheurs, chercheuses et autres réseaux et mouvements, en matière de défense des droits des travailleuses et travailleurs migrant.e.s dans le secteur agricole et agroalimentaire.

 

Enfin, les membres et les invités du groupe de travail ont contribué et participé à la 49e audience du Tribunal permanent des peuples (PPT) sur les droits des migrants et des réfugiés. En ce sens, dans le contexte actuel de la montée du fascisme et de l’accentuation du néolibéralisme en Europe, cette session du PPT à Bruxelles a marqué une étape mémorable de convergence citoyenne face aux politiques anti-migration de l’Union européenne.

 

Conférence sur les systèmes d’intermédiation

 

Dans l’après-midi du lundi 8 avril à la Maison de la Paix à Bruxelles, quatre intervenants (Nadia Azouagagh du SOC-SAT, Cristina Brovia de l’ARI, Romain Balandier de la Confédération Paysanne et Béatrice Mesini, chercheuse à l’Université d’Aix Marseille) ont présenté la campagne ECVC sur l’intermédiation dans le travail agricole. Les directives européennes ont été particulièrement pointées du doigt telles que la directive 96/71/CE, qui, même si elle a été modifiée en 2018, participe dans nos pays à la mise en concurrence des travailleurs européens, sud -américains ou encore asiatiques.

 

En ce qui concerne les  autres dispositifs (contrats en origine, travail informel…), il a notamment  été fait référence aux actions menées dans les serres et le secteur du conditionnement d’Almeria par le Sindicato de Obreros del Campo (SOC-SAT) et à la lutte, face à l’exploitation et aux abus sexuels, des femmes saisonnieres qui travaillent  dans les champs des fraises à Huelva, Andalousie

 

En guise de conclusion, l’importance de défendre les modèles agricoles paysans et la soveraineté alimentaire ont été soulignée. La présence d’intermédiaires du travail est fortement liée aux modes de production et aux intérêts de l’agro-industrie. En ce sens, entre autres, le rôle majeur que joue la politique agricole de l’Union européenne (PAC) dans cette question est évident : d’une part, il est essentiel d’avoir une PAC qui soutienne les petits agriculteurs et leur permette d’avoir un revenu décent ainsi qu’une vie digne et, d’autre part, que les  aides accordées soient conditionnées aux conditions sociales de la production.

 

Une publication traitant d’une analyse approfondie du système d’intermédiation en agriculture, et présentant nos propositions en tant que mouvement paysan, sera disponible au début de cet été.

 

Audience du Tribunal Permanent des Peuples

 

Mardi 9 avril ECVC et ses alliés du Tribunal Permanent des Peuples (PPT), une initiative soutenue par plus de 500 organisations dans le monde, ont organisé au sein du Parlement Européen une présentation des conclusions du processus européen de ce tribunal populaire et d’opinion sur les droits des peuples migrants et refugies. Dans son discours au nom des mouvements sociaux, ECVC – La Via Campesina a rappelé que  toutes les personnes en migration sont actrices de leur propre lutte CONTRE les forces impérialistes et  capitalistes, et POUR le droit à la vie et à la terre. Notre devoir est d’accompagner cette lutte au plus près des lieux où leurs droits et leur dignité sont bafoués.

 

Les associations de migrants, les défenseurs des droits de l’homme, les juristes et autres groupes progressistes ont exigé que des mesures soient prises pour mettre fin aux violations massives en Europe et à ses frontières et pour assurer que les droits fondamentaux des migrants et des réfugiés soient pleinement respectés, mécanismes qui à leur tour garantiraient la défense de la démocratie dans en Europe. Dans le moment politique actuel, où le niveau alarmant des violations des droits de l’homme est exacerbé par la criminalisation de la solidarité avec la vie des migrants, nous devons rester fermes face à ces événements adoptés au niveau législatif aux niveaux national et européen.

 

 

A l’issue de l’audience, une mobilisation animée de chants et de tambours a eu lieu devant la Commission européenne et le Conseil pour soutenir la présentation des conclusions du PPT aux institutions européennes et pour attirer l’attention des Etats européens sur leur lourde responsabilité.

 

 

 

 

 

 

 

Travailleurs migrants, paysans – nos droits ne sont pas à vendre. ENSEMBLE, ARRÊTONS L’EXPLOITATION DANS LES CAMPS !

 

 

 

Photos: @ECVC

 

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