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La privatisation de la politique laitière européenne

9 décembre 2010

Proposition législative LAIT de la Commission Européenne:Confier un secteur laitier dérégulé aux laiteries, interprofessions et groupements de producteurs ne va pas résoudre la crise de la production laitière qui perdure. Les producteurs ont d’abord besoin d’une politique publique européenne forte, qui régule production et marché, et dynamise les régions à vocation agro-climatique laitière.

Proposition législative LAIT de la Commission Européenne: Confier un secteur laitier dérégulé aux laiteries, interprofessions et groupements de producteurs ne va pas résoudre la crise de la production laitière qui perdure. Les producteurs ont d’abord besoin d’une politique publique européenne forte, qui régule production et marché, et dynamise les régions à vocation agro-climatique laitière. Tandis que la plupart des producteurs continuent à vendre leur lait à des prix inférieurs à leurs coûts de production, que de nombreuses exploitations laitières ont fait faillite ou tentent de survivre dans la précarité, la Commission Européenne propose un désengagement de l’UE, privatisant la politique laitière en abandonnant le secteur à ses acteurs, dans un cadre dérégulé pourtant délégitimé par les crises globales. L’UE ne réagit aux mobilisations importantes des producteurs des deux dernières années qu’en attirant ceux-ci dans le piège de la cogestion du secteur, où il y aura toujours moins de laiteries et de chaines de supermarchés que de producteurs regroupés, surtout avec les contraintes proposées pour les groupements de producteurs. Un groupement de producteurs n’aura pas de poids face à l’industrie/grande distribution tant que la production sera dérégulée et les prix dépendant d’un marché international déterminé par une toute petite partie de la production (1). L’exemple du secteur des fruits et légumes, où les groupements de producteurs sont obligatoires pour obtenir les aides européennes, montrent que les groupements n’empêchent pas le marasme des prix à la production. Les coopératives laitières, censées renforcer le pouvoir de marché des producteurs, contrôlent plus de la moitié de la production européenne. Au Danemark et aux Pays-Bas, c’est presque le monopole d’une coopérative et cela n’a pas empêché la crise laitière dans ces deux pays. Les énormes coopératives, qui dépassent les frontières nationales, souvent ne paient pas mieux leurs producteurs que les laiteries privées. Non concernées par les contraintes proposées pour les groupements de producteurs au nom de la concurrence, elles vont maintenir leur situation d’oligopole ou de monopole. La proposition risque de mettre à mal les petites coopératives. Quant aux interprofessions , l’exemple de l’Espagne et de la France montrent qu’elles n’ont pas empêché la crise laitière. La contractualisation entre producteurs et laiteries telle que proposée sera défavorable aux producteurs tant qu’il n’y aura pas de régulation européenne de la production et du marché. Elle est surtout une demande de l’industrie, qui veut garantir sa collecte, et pouvoir spéculer sur les marchés à terme. Pour certaines laiteries, l’arrêt de nombreuses exploitations laitières avec la crise ou le déplacement vers d’autres productions (comme le maïs transformé en biogaz en Allemagne) fait craindre un manque d’approvisionnement. Dans le rapport qui accompagne la proposition, la commission mentionne tout à la fin qu’elle « pourrait envisager comme autre instrument de stabilisation du marché et comme mesure exceptionnelle…. une «clause applicable en cas de perturbation du marché», qui permettrait aux producteurs de lait, sur la base du volontariat, de réduire leurs livraisons en échange d'une contrepartie ». C’est reconnaître que la politique laitière dérégulée et sans maitrise risque bien de conduire à de nouvelles crises. C’est une proposition en contradiction avec les augmentations du quota européen et avec sa disparition programmée. Au lieu de la réduction proposée, aux frais du contribuable, il suffirait de diminuer le quota européen. La Commission, qui devrait d’abord porter les intérêts des citoyens européens, privilégie ceux de l’industrie et du commerce : ainsi se montre-t-elle très agressive pour pénétrer le marché laitier canadien dans les négociations commerciales actuelles UE-Canada, ce dernier voulant préserver à juste titre sa maitrise de la production. Maintenir cette priorité à l’exportation alors que l’UE, en dehors de fromages de qualité, n’est pas «compétitive » (2) et doit importer massivement du soja pour nourrir les élevages intensifs, est destructeur pour les producteurs européens et ceux des pays tiers. Maintenir la restructuration de la production comme un objectif (page 7 du rapport) en lien avec la fin des quotas et par ailleurs parler de l’enjeu des territoires ruraux dans la communication PAC est contradictoire. De nombreuses régions défavorisées, dépendantes d’une production laitière paysanne durable multifonctionnelle valorisant bien le territoire, risquent de voir la production se concentrer dans les régions aux coûts de production les plus bas et dans de grandes exploitations bénéficiant de contrats favorables avec les laiteries. Il faut une vraie politique laitière publique européenne qui s’attaque aux causes de la crise (3). S’en remettre au secteur dans un cadre dérégulé, c’est favoriser de nouvelles crises agricoles. (1) Seulement 6% de la production mondiale est mise sur le marché international (2) Lorsque les prix du lait sont inférieurs aux couts de production, lorsque les exportations se font à des prix inferieurs aux couts de production européen, on ne peut parler de compétitivité : cela ne fonctionne qu’avec des aides à l’export ou/et des aides directes. (3) Voir propositions ECVC sur ce site web Contacts : Lidia Senra : + 34 609 84 5861(ES-FR)- Josian Palach : +33 671344902 (FR)- Xavier Delwarte: +32 (0) 476 42 39 02 (FR-EN)- Gérard Choplin (Bxl team): +32 (0) 473257378 (FR-EN-DE)

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