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Les humains d’abord (et ensuite les paysans)

Bruxelles, lundi 6 avril 2009

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Résumé de l’intervention de Joop de Koeijer, membre du comité de coordination de la Coordination Européenne Via Campesina lors de la conférence sur le climat à l’occasion de la mobilisation Put People First, à Londres, le 28 mars 2009, lors du Sommet du G20.

Les membres de la Via Campesina - paysans et paysannes sur des fermes familiales et durables - fournissent à l’humanité un bien essentiel : la nourriture. Il y a deux autres raisons pour lesquelles il est important de prendre en compte les positions de la Via Campesina : premièrement, la vulnérabilité des paysans vis à vis des conséquences du changement climatique est énorme, mais également parce que ces mêmes paysans peuvent apporter une contribution en vue de trouver une solution au problème du changement climatique. Bien sûr, on pourrait s’attendre à ce que ce soit un paysan du "Sud" qui vienne témoigner ici de la menace que représente le changement climatique pour la survie de nombreuses familles paysannes. Toutefois, les valeurs et propositions pour l’agriculture et l’alimentation sont partagées par l’intégralité des membres de notre mouvement international. Je suis un agriculteur du Sud-Ouest des Pays-Bas, vivant dans un delta situé sous le niveau de la mer. Ma région a été frappé par une terrible inondation quelques années avant ma naissance, dans laquelle plus de 2 000 personnes ont trouvé la mort. A Nyéléni, au Mali, un forum international pour la souveraineté alimentaire s’est tenu en 2007. Là-bas nous avons pu nous rendre compte par nous mêmes de la difficulté des conditions de travail pour les paysans locaux : la chaleur, le manque d’eau, etc. La crainte des populations vivant dans les deltas face aux inondations et les difficultés des populations vivant dans des régions touchées par la sécheresse sont des réalités que la société doit prendre en compte et solutionner.

Nous savons ce qu’il faut faire pour résoudre le problème climatique, mais pour cela nous devons réparer un certain nombre de décisions néfastes prises de par le passé. Un passé néolibéral que certains parmi vous déclarent comme étant mort aujourd’hui. La dérégulation de l’agriculture a signifié que les pays ont dû ouvrir leur marché à des produits alimentaires de base qui étaient moins chers car subventionnés, au détriment des productions locales : le maïs traditionnel au Mexique, les variétés locales de riz au Philippines et, dans une moindre mesure, la production de protéines végétales en Europe.

Simultanément, les apôtres du libre-échange comme par exemple la Banque Mondiale ou encore le complexe agroindustriel travaillaient main dans la main pour nous pousser à réorienter nos productions vers des produits d’exportation : "Seul le marché mondialisé peut vous fournir des débouchés pour vos produits". Mais tout le monde sait bien que, dans le domaine de l’agriculture, quand tout le monde se met à produire les mêmes types de produits, le résultat inévitable est un effondrement des prix. Voici donc à quoi ressemble l’agriculture à la fin de l’ère néolibérale : des centaines de millions de tonnes d’aliments trimballés d’un bout de la planète à l’autre, des agriculteurs chassés de leurs terres ou obligés d’appliquer des méthodes intensives et dévoreuses d’énergie, en opposition directe avec les méthodes agricoles traditionnelles, plus adaptées aux conditions locales.

La solution est la souveraineté alimentaire : le droit des peuples à définir leurs propres politiques agricoles, de se protéger contre des importations-dumping sans pour autant porter atteinte au développement de l’agriculture ailleurs dans le monde. Ces mesures nous permettront de dégager l’espace nécessaire qui nous permettra de faire ce que nous sommes censés faire et que nous voulons réaliser : produire des aliments de qualité, sains et sûr, en premier lieu pour nourrir l’humanité et non pour enrichir le complexe agroindustriel.

Contact : Joop de Koeijer +31 6-12784009