La lutte pour la souveraineté alimentaire et les droits des paysans avance : ECVC célèbre sa XIe Assemblée générale

 

50 délégué.e.s paysan.ne.s de toute l’Europe, armé.e.s d’une grande détermination solidaire et d’un esprit de lutte, se sont réuni.e.s à Bruxelles à la mi-janvier à l’occasion de la XIe Assemblée générale (AG) de ECVC. L’événement a permis d’accueillir comme il se doit deux nouvelles organisations candidates et de mener une action en face des bureaux de la Commission européenne pour revendiquer la réglementation des nouveaux OGM promus par le secteur biotechnologique.

 

La rencontre paneuropéenne a débuté avec les Assemblées des Jeunes et des Femmes de ECVC (14 janvier), deux groupes particulièrement vulnérables dans le milieu rural. La lutte pour leur défense représente donc une priorité pour le mouvement paysan. L’Assemblée de Jeunes a été inaugurée par un hommage aux jeunes camarades qui ont trouvé la mort au cours des dernières années : José Luis Iranzo de la Coordination des organisations d’agriculteurs et d’éleveurs (COAG), Antonio Carmona du Syndicat des ouvriers paysans – Syndicat andalou de travailleurs (SOC-SAT) et Felicia Ruperti de l’Alliance des travailleurs de la terre (LWA). Les jeunes délégué.e.s se sont ensuite penché.e.s sur le renforcement de l’articulation des jeunes et sur son fonctionnement au sein des différentes organisations. Les délégations ont évoqué différentes manières de consolider le travail des jeunes. Étant donné la diversité des organisations et les défis auxquels elles font face, elles ont conclu qu’il fallait poursuivre dans le sens de l’échange des expériences.

 

L’Assemblée des Femmes a quant à elle conclut que la priorité était de construire plus d’espaces d’échanges en encourageant les femmes de toutes les organisations membres à approfondir le travail collectif. Cela exigera de promouvoir la participation des femmes dans les différents groupes de travail du mouvement paysan. Une attention tout particulière a été accordée à l’agroécologie puisque cette activité ancestrale est empreinte d’une vision plus féministe. Les déléguées ont déclaré : « Ce modèle d’agriculture nous permet d’avancer vers un modèle de société plus inclusif, qui octroie des droits à toutes et à tous et qui aborde de manière transversales les sujets du foncier, de la migration et des politiques publiques. »

 

L’Assemblée générale a démarré le 15 janvier et a accueilli deux organisations candidates : Le Boerenforum, de la région belge de Flandre et l’organisation polonaise Zachodniopomorski Oddział EKOLAND. Avec l’adhésion de ces deux nouvelles organisations, le mouvement paysan européen s’étend d’une part à une région importante d’Europe de l’Est et renforce sa représentation d’autre part en Belgique avec le Boerenforum. L’organisation consolide ainsi la coordination du mouvement et la diversité des contributions sur le continent.

 

Tout au long de l’Assemblée générale, les délégué.e.s se sont réuni.e.s en petits groupes pour aborder des sujets qui se trouvent au centre de la lutte collective du mouvement paysan. Les grandes thématiques du commerce, des semences, de la migration, de la PAC et des droits des paysan.ne.s ont été analysées en profondeur par les délégué.e.s. Les expériences de travail des différents collectifs ont enrichi les débats et permis d’élaborer des stratégies et des actions dans le but de faire avancer la lutte sur ces différents sujets.

 

Le dernier jour, au cours de l’après-midi, la Plénière a adopté trois propositions de motions présentées par les membres de l’organisation :

 

La production de soja y autres protéagineuses en Europe–  Le soja est devenu l’une des marchandises agricoles les plus importantes en Europe et à travers le monde principalement à cause du secteur de l’élevage industriel. Les conséquences négatives sont lourdes pour les écosystèmes et les communautés paysannes. Après introduction du sujet, l’Assemblée générale de ECVC a décidé de participer aux efforts pour parvenir à une plus grande auto-suffisance en protéines végétales durables et faire barrage aux importations de soja transgénique et aux monocultures industrielles de soja en Europe. ECVC a ajouté que pour que ces efforts puissent être menés à bien et qu’ils aient pour résultat une plus grande inclusion et durabilité du système, il fallait qu’ils excluent tout contrôle des entreprise afin d’éviter de reproduire l’exemple de l’initiative Donau Soja, promue désormais par le secteur des entreprises. Veuillez cliquer ici pour lire la déclaration complète.

 

Motion de soutien pour la récupération des terres en Andalousie – Les organisations présentes à l’Assemblée générale ont exprimé un soutien inconditionnel à la récupération des terres en Andalousie et ont appelé à la solidarité envers les syndicalistes victimes de représailles dans le cadre de ces luttes. Il convient de rappeler qu’en Andalousie 55,6 % des terres cultivables sont détenues par 2 % des propriétaires alors qu’il y a plus d’un demi million de paysan.ne.s sans terre ainsi que des saisonnier.e.s souffrant de terribles conditions de travail. Face à cette situation et à l’accaparement des terres, le SOC-SAT ne défend et ne lutte pas seulement pour les droits des saisonnier.e.s, il a également pour objectif de récupérer les terres pour mettre en place des coopératives.

Au delà des 16 coopératives déjà consolidées, on dénombre aujourd’hui deux fermes qui ont été récupérées mais qui sont menacées d’expulsion : Somonte et Cerro Libertad. Les organisations membres de ECVC se sont engagées à communiquer en interne la situation en Andalousie et la lutte menée par le SOC-SAT et à leur apporter le soutien nécessaire. La terre est un droit du peuple, pas une marchandise ! Veuillez cliquer ici pour consulter la déclaration complète.

 

Reconnaissance des surfaces pastorales et problème de la prédation – À la suite de la présentation et de l’adoption par l’Assemblée de la motion, ECVC s’est engagée à rassembler des informations sur la reconnaissance des surfaces pastorales et l’indemnité compensatoire de handicap naturel dans les différents pays européens. Cette question est cruciale pour la protection du pastoralisme en Europe. Les aides aux surfaces pastorales sont remises en cause par la commission européenne et pourraient l’être dans la future PAC.

L’objectif de ce groupe sera d’échanger sur la situation des surfaces pastorales dans les différentes pays et défendre au niveau institutionnel la reconnaissance de celles-ci et des indemnités compensatoires auxquelles elle est rattachée.

Cette même motion, dont le but était également de définir une stratégie européenne commune, a engagé ECVC a rassembler des informations sur la situation de la prédation (loup, ours et autres grands prédateurs), les mesures mises en œuvre en la matière dans les pays touchés et les actions menées par les membres de ECVC. Une réunion sera organisée à ce sujet en 2018.

 

Action en face de la Commission européenne

 

Avant de retourner dans leur région et village respectifs, les délégué.e.s de ECVC se sont mobilisé.e.s le 17 janvier dans les rues de Bruxelles pour protester contre le processus actuel de réglementation des OGM mené par les institutions européennes et, en coulisses, par l’industrie biotechnologique qui orchestre une vaste campagne pour introduire ses nouveaux OGM sur le marché, sans évaluation ni étiquetage préalables.

Rassemblant des militant.e.s, des paysan.ne.s, la société civile belge ainsi que nos organisations alliés – IFOAM, FIAN, CEO, TNI, FOEE -, la manifestation a parcouru le quartier européen à Bruxelles, exhortant la Commission européenne à réglementer tous les OGM et à interdire les brevets sur les semences. C’est dans ce but que les délégué.e.s ont tenté* de remettre à la Commission des documents importants sur les nouveaux OGM et les droits des paysan.ne.s.

L’action était une nouvelle initiative nécessaire pour avancer dans la lutte plus large afin de protéger les communautés paysannes en Europe et à travers le monde, pour la défense de leur pratiques agroécologiques et pour avancer sur le chemin menant à la Souveraineté Alimentaires des peuples. Veuillez cliquer ici pour lire le communiqué de presse (bientôt disponible en espagnol)

Une nouvelle étape importante a été franchie lors de cette rencontre de lutte pour la souveraineté alimentaire, renforçant toujours plus le mouvement paysan et la convergence régionale en Europe.

 

¡¡La souveraineté alimentaire et les droits des paysan.ne.s, c’est pour maintenant !!

Plus de paysan.ne.s, de meilleurs aliments !!

 

 

****

Pour obtenir plus d’informations sur cette rencontre, veuillez écrire à info@eurovia.org

Cliquez ici pour voir les photos de l’Assemblée générale

 

 

Note aux éditeurs:

 

*Les documents qui devaient être remis aux bureaux des DG de la Commission étaient les suivants : une lettre ouverte soulignant les dangers des nouveaux OGM et des brevets pour les communautés paysannes et les consommateurs européens ; un documents de position de ECVC sur les semences ; et le rapport de la Via Campesina sur les violations majeures des droits paysans et l’importance de la déclaration des droits des paysans. Celles-ci ont été refusées par les trois principales DG responsables de la question des OGM: DG Santé, DG GROW et DG AGRI.